La tension remonte d’un cran dans l’Est de la République démocratique du Congo. Moins de vingt-quatre heures après la signature à Doha d’un accord sur le mécanisme de vérification du cessez-le-feu entre le gouvernement congolais et la rébellion du M23, des frappes aériennes des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont visé plusieurs positions du mouvement rebelle, notamment dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu.
Des bombardements à grande échelle
Selon plusieurs sources locales, les frappes ont débuté vers 4h55 du matin ce mercredi 15 octobre 2025. Les drones et avions de combat Sukhoï-25 de l’armée congolaise auraient ciblé notamment la mine d’or de Twangiza, dans le territoire de Mwenga, au Sud-Kivu, un site sous contrôle du mouvement AFC/M23.
Des témoins sur place parlent de puissantes explosions ayant causé la destruction d’une station-service, de plusieurs générateurs et d’autres infrastructures stratégiques appartenant à la société Twangiza Mining.
D’autres frappes auraient été signalées simultanément sur les positions rebelles à Kadasomwa, Lumbishi et Kasake, zones frontalières entre les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu, où les combats terrestres se seraient également intensifiés.
L’AFC/M23 dénonce une « attitude belliqueuse » de Kinshasa
Dans un communiqué signé à Goma par Lawrence Kanyula, chef du département de communication de la rébellion, l’AFC/M23 a dénoncé ce qu’elle qualifie de « provocation délibérée » du gouvernement congolais.
« Quelques heures seulement après la signature du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu à Doha, les forces coalisées du régime de Kinshasa ont lancé d’intenses bombardements sur des zones densément peuplées et sur nos positions dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu », peut-on lire dans le document.
Le mouvement rebelle estime que Kinshasa a tourné le dos au processus de paix, préférant poursuivre « son agenda de guerre », en dépit des appels de la communauté internationale.
L’AFC/M23 accuse les FARDC de viser intentionnellement les civils et affirme que le bilan humain ne cesse de s’alourdir à cause des bombardements et des offensives d’infanterie.
« Face à ces atrocités, l’AFC/M23 attire l’attention des observateurs du Mécanisme de surveillance et de vérification du cessez-le-feu (Union africaine, État du Qatar et États-Unis) sur ce sabotage du processus de paix et réaffirme son engagement à défendre la population congolaise par tous les moyens », conclut le communiqué.
Un processus de paix déjà fragilisé
Ces nouvelles attaques interviennent dans un contexte diplomatique particulièrement délicat, alors que l’accord signé à Doha mardi 14 octobre 2025 devait marquer une étape cruciale vers la désescalade.
Ce mécanisme de vérification du cessez-le-feu, parrainé par le Qatar, l’Union africaine et les États-Unis, vise à instaurer un suivi conjoint des hostilités entre les deux parties afin d’éviter toute reprise des affrontements.
Cependant, l’échange de tirs et les bombardements de ce mercredi risquent de compromettre la confiance fragile bâtie autour de cet accord. Plusieurs observateurs estiment que le climat de méfiance reste profond, chaque camp accusant l’autre de violer les engagements pris à Doha.
Une crise humanitaire qui s’aggrave
Sur le terrain, la situation reste alarmante. Des milliers de civils auraient fui les zones bombardées vers Kamituga, Bukavu et Kalehe, craignant de nouvelles frappes. Les organisations humanitaires dénoncent l’aggravation de la crise humanitaire, déjà sévère dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu.
Pendant que les FARDC affirment vouloir neutraliser des positions ennemies stratégiques, l’AFC/M23 promet de riposter et de « poursuivre la défense de la population » dans les zones qu’elle contrôle.
Muller Mundeke Kalonji
