Prévue pour ce lundi 6 octobre à Doha, la reprise des négociations entre le gouvernement congolais et le mouvement politico-militaire AFC/M23 n’a finalement pas eu lieu. Ni la délégation de Kinshasa ni celle de la rébellion ne se sont présentées dans la capitale qatarie, plongeant le processus de paix dans une nouvelle zone d’incertitude.
Un rendez-vous manqué
Selon Radio France Internationale (RFI), les discussions devraient finalement s’ouvrir plus tard dans la semaine. Du côté de la rébellion, la délégation se trouvait encore ce lundi à Goma, tandis que Kinshasa n’avait pas envoyé ses représentants à Doha. Les raisons officielles évoquées tournent autour de retards logistiques et de divergences persistantes sur le contenu du projet d’accord final.
Ce contretemps survient dans un contexte explosif, marqué par des affrontements quotidiens dans le Nord-Kivu et une rhétorique de plus en plus belliqueuse entre les deux camps.
L’AFC/M23 affiche sa puissance
Le week-end dernier, la rébellion a frappé les esprits avec une grande démonstration de force à Tshanzu, dans le territoire de Rutshuru : plus de 700 nouvelles recrues y ont achevé leur formation militaire. Devant ses troupes, Sultani Makenga, coordinateur militaire du mouvement, a réaffirmé son objectif : « Renverser le pouvoir de Kinshasa. »
Ces propos, jugés provocateurs, ont ravivé les tensions à la veille de la reprise des pourparlers. Les combats se sont d’ailleurs poursuivis lundi matin dans plusieurs zones de l’est du pays, notamment autour de Nyiragongo et Masisi.
La réponse ferme de Kinshasa
Depuis la capitale, le président Félix Tshisekedi a réagi dimanche en appelant à la résistance. « Le prix de la résistance que vous payez est la sève d’un Congo nouveau », a-t-il déclaré, promettant de « rétablir la paix et abréger les souffrances du peuple ». Un discours qui traduit la fermeté du pouvoir congolais, mais aussi sa préoccupation face à la progression militaire du M23.
Des avancées fragiles à Doha
Les discussions entamées en juillet dernier avaient pourtant permis quelques progrès. Une Déclaration de principes avait été signée le 12 juillet 2025, sous la médiation du Qatar et le parrainage de l’émissaire américain Massad Boulos, qui saluait alors un « jalon important ».
Un projet d’accord final et un mécanisme d’échange de prisonniers supervisé par le CICR figuraient parmi les principales avancées.
Mais les désaccords persistent sur plusieurs points cruciaux :
- L’échange de prisonniers : Kinshasa veut qu’il soit intégré dans l’accord final, alors que l’AFC/M23 exige qu’il soit appliqué avant toute signature.
- L’exclusion des criminels de guerre : la position ferme du gouvernement congolais se heurte au refus du M23, qui réclame la réintégration de certains de ses membres condamnés.
- Le cessez-le-feu : toujours théorique, il reste impossible à appliquer tant que les combats se poursuivent sur le terrain.
Un processus suspendu entre guerre et dialogue
Pour l’émissaire américain Massad Boulos, « la piste de Doha reste extrêmement importante », même si les retards s’accumulent. Il a confirmé que les deux parties travaillent encore sur la version finale de l’accord, sans toutefois fixer de nouvelle date officielle.
En attendant, la situation sécuritaire se dégrade de jour en jour dans l’Est de la RDC. Les habitants de Rutshuru, Masisi et Nyiragongo vivent sous la menace permanente des affrontements, tandis que la diplomatie peine à suivre le rythme de la guerre.
Ce nouveau report des pourparlers de Doha souligne la fragilité d’un processus où le dialogue et les armes continuent de cohabiter, sans qu’aucune des deux voies ne parvienne encore à imposer la paix.
Yvan Kambere à Butembo
