RDC : voici le nouveau taux de change fixé par la Banque Centrale du Congo ce 16 octobre

La Banque Centrale du Congo (BCC) a publié ce jeudi matin ses taux indicatifs de change, fixant le dollar américain à 1 USD = 2 190,5005 francs congolais (CDF).

Cette valorisation marque une légère hausse par rapport à la session précédente et s’inscrit dans un contexte de volatilité persistante de la monnaie nationale tant sur les marchés officiels que parallèles.


Une hausse modérée sur fond de volatilité

Selon les données officielles, le taux indicatif de la BCC pour le dollar s’établit à 2 190,5005 CDF ce jour, ce qui correspond à une progression d’environ 3,7 % par rapport à hier (taux antérieur rapporté à 2 112 CDF).

Cette hausse modeste contraste avec les fortes fluctuations observées sur le marché parallèle, où le dollar s’échange encore à des niveaux très variables selon les quartiers et les points de change. Certains bureaux de change affichaient des taux oscillant entre 2 500 et 2 600 CDF récemment.

Le contexte macroéconomique est lui aussi marqué par des contrastes : d’un côté, la BCC vient de réduire son taux directeur à 17,5 %, contre 25 % auparavant, dans une stratégie de relance monétaire. De l’autre, le franc congolais continue de faire l’objet de pressions issues de la demande de devises, des anticipations de change et des opérations spéculatives.


Témoignages du terrain : entre contraintes et stratégies des cambistes

Des reporters se sont rendus sur plusieurs sites de change à Kinshasa — notamment à Kintambo-Magasin, Ngiri-Ngiri, au rond-point Huilerie (Lingwala) et dans le quartier Petro-Congo (Masina) — pour recueillir les ressentis et pratiques des cambistes.

Francis Kayembe, cambiste à Kintambo-Magasin, explique :

« Hier soir (mardi 14 octobre), la BCC annonçait 21 500 FC, ce matin on nous dit 21 000 FC. Nous devons travailler avec prudence, car nous ne pouvons pas opérer à perte. »

Cette déclaration semble contenir une confusion sur les chiffres (21 500 vs 21 000 vs l’actuel 2 190,50), ce qui reflète les difficultés de lisibilité qu’ont certains acteurs à suivre la publication formelle des taux et à la transmettre fidèlement sur le terrain.

Roland, un cambiste du rond-point Huilerie, met en lumière la chaîne de revente entre grossistes et détaillants :

« À la BCC, le taux appliqué est de 23 000 FC, et les grossistes se ravitaillent directement à la BCC. Donc eux ne peuvent pas afficher 23 000 FC comme le fait la BCC ; ils vont réduire à 22 000 FC pour bénéficier de 1 000 FC. Nous, les détaillants, ne pouvons pas aller à la BCC. Je me ravitaille auprès des grossistes qui me vendent à 22 000 FC, et je ne peux pas vendre à ce même prix. »

Encore une fois, les chiffres avancés ne coïncident pas avec les publications officielles (2 190,5005 CDF), ce qui illustre les distortions et marges appliquées à divers niveaux de la chaîne. Les cambistes insistent sur leur besoin de marge pour survivre et la difficulté de concilier compétitivité et respect des taux officiels.


Position des autorités : entre appel au calme et incitation à la conversion

Face à la volatilité, le sénateur Jean Boketsu Bofili (province de l’Équateur) a appelé publiquement la BCC et le gouvernement à stopper toute « appréciation excessive » du franc congolais et à agir d’urgence pour stabiliser la monnaie. Il met en garde contre l’effet néfaste de la spéculation sur les finances publiques et le coût de la vie.

Dans un communiqué, la BCC rappelle que les transactions de change sont « de gré à gré, selon les cours déterminés par le jeu de l’offre et de la demande ». Elle informe aussi que ses guichets sont ouverts pour permettre à tout Congolais d’échanger ses dollars contre des francs congolais au taux officiel, « quel que soit l’état des billets ».

Cette ouverture est une tentative de canaliser les flux de devises vers les circuits officiels et de réduire les marges du marché parallèle.


Enjeux et défis à surveiller

  1. Confiance des opérateurs économiques
    La stabilisation du franc congolais dépend fortement de la confiance des acteurs : si la population et les entreprises continuent de privilégier le dollar, les efforts de la BCC risquent de rester limités.
  2. Balance des paiements et réserves en devises
    La RDC dépend largement des importations. Toute pression sur les sorties de devises (importations, remboursement de dette, investissements étrangers) pourrait fragiliser les réserves de change et accentuer la demande de dollars.
  3. Transmission des effets monétaires sur les prix
    Même si le franc congolais s’apprécie, les prix des biens et services, souvent indexés au dollar, pourraient ne pas refléter cette amélioration. Les populations risquent de ne pas ressentir l’“allègement monétaire”.
  4. Risques de spéculation et arbitrage
    Le différentiel entre les taux officiels et parallèles laisse des marges pour les spéculateurs, ce qui complique le contrôle du marché des changes.
  5. Cohérence des chiffres et transparence
    Les témoignages de terrain font apparaître des chiffres discordants par rapport aux taux officiels. Il est crucial que la BCC assure des publications claires, accessibles et régulières pour éviter les interprétations erronées.

Conclusion

Le nouveau taux de change publié ce 16 octobre — 1 dollar = 2 190,5005 CDF — reflète les efforts de la Banque Centrale du Congo pour encadrer la monnaie, dans un contexte d’ajustement monétaire avec un taux directeur ramené à 17,5 %. Toutefois, les écarts persistants entre le taux officiel et les pratiques observées sur le terrain illustrent les défis structurels du marché des changes en RDC : manque de transparence, forte demande en devises, dépendance aux importations et comportements de spéculation.

Pour que ces mesures produisent pleinement leurs effets, il faudra renforcer la discipline de marché, garantir la cohérence des données diffusées, et encourager les conversions via les canaux officiels afin de limiter la prévalence du dollar dans l’économie congolaise.

Ilunga Mubidi Oscar

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